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avr 30

Accéder en Amazonie, ça se mérite

C’est lorsque l’on sort des sentiers battus que le vrai voyage commence avec son lot de galères et d’imprévus. En arrivant à Trinidad aux portes de l’Amazonie bolivienne, on décide de s’enfoncer dans la jungle afin d’y découvrir une nature qu’on ne connait pas. De fil en aiguille, du hasard au destin, de coups de poisse aux coups de chance, voici le récit chronologique d’histoires à dormir debout qui nous ont conduit en plein cœur de l’Amazonie.

Jour 1 : Trinidad, une porte d’entrée en Amazonie déjà difficile d’accès.

Pour certains Trinidad est une ville au milieu de nulle part, isolée au coeur d’une vaste zone de forêt tropicale, pour d’autres une grande ville de 120 000 habitants, capitale de la région du Béni ; tout est question de point de vue. Il nous faut néanmoins une dizaine d’heures et 3 bus différents pour l’atteindre. Changement de climat, on arrive de nuit et pourtant une chaleur humide nous fait déjà couler des gouttes de sueur à peine sortis du terminal de bus.

Jour 2 : Récolter des infos pour organiser notre programme.

On souhaite faire une excursion de quelques jours sur le Río Mamoré afin de s’enfoncer dans la jungle et de découvrir la faune sauvage. Comme l’office du tourisme n’a pas ouvert ces portes cette année, nous partons à la pêche aux infos. En visitant les villages alentours (La Poma – Puerto Almacen), on rencontre des propriétaires de bateaux susceptibles de nous emmener. On fait aussi la connaissance par hasard du propriétaire d’un anaconda de 9 mètres qui a dû le laisser au zoo du coin sur ordre de la municipalité. Il nous montre quelques petits reptiles qu’il garde en cachette mais nous conseille d’aller voir la bête dans sa cage au « Parc Pantanal ». En discutant, on apprend que le « serpentiero » est aussi guide de jungle dans la région de Bella Vista et peut si on le souhaite nous organiser un tour de 4 jours sur mesure. On prend son numéro et rentrons à Trinidad avec 2 options pour notre excursion, mais en s’arrêtant au zoo de la ville, nos efforts sont rendus à néant lorsqu’un tapir en liberté s’empare de notre feuille de contact et la mange littéralement sous nos yeux. Irrationnel mais véridique, nous voilà de retour au point de départ.

Jour 3 : (Re) Récolter des infos pour organiser notre programme

Difficile de trouver des infos sur Internet concernant cette région du Beni, loin des circuits touristiques traditionnels. On choisit de se rendre à Bella Vista, au nord de Trinidad par nos propres moyens car on repère une zone protégée sur une carte, la réserve forestale Itenez.

Jour 4 : Le départ vers l’inconnu.

7h00 : On est au carrefour où les camionnettes particulières partent pour la région car il n’y a pas de liaison régulière à cette époque de l’année. Comme d’usage en Bolivie, il y a toujours un problème qui retarde le départ de 3 heures.
10h : Le pick-up est chargé à bloc de marchandises et de 14 personnes. On prend place comme on peut à l’arrière du véhicule sur une planche de bois par dessus les sacs. À 2 mètres au dessus du sol il n’y a pas plus dangereux mais au moins la vue est panoramique !
Le chemin pour aller à San Ramon est très dépaysant, mélange de plaines inondées, de savane et de jungle. On découvre de nombreuses espèces d’animaux bordant le chemin dont de grands oiseaux qui s’envolent à notre passage. Certaines parties de la piste sont en très mauvais état car l’eau vient seulement de se retirer après les intempéries de la saison des pluies. On franchit de grosses ornières et on traverse quelques rivières en mettant la camionnette sur une barge.
15h : Arrivée à San Ramon. Les habitants du village ont bloqué l’accès depuis une dizaine de jours protestant pour de meilleurs conditions de travail.
16h : Sans en comprendre la raison, les grévistes lèvent le camp et nous laissent filer moyennant une taxe de passage. On s’estime heureux car des personnes ont patienté une journée entière.
16h30 : Pour continuer, on n’a d’autres choix que de reprendre une autre camionnette qui nous fait payer le prix fort. Nous poussons jusqu’à Magdalena, 2 heures plus au nord où nous passons la nuit car on ne peut pas continuer plus loin.

Jour 5 : L’accident, le deuxième de notre voyage

9h : Un minibus assure la liaison jusqu’à Bella Vista. Même si l’état du véhicule est limite, on saisit cette unique chance d’avancer.
9h25 : On a parcouru 10 km lorsque le cardant de la roue avant droite cède et nous envoie tout droit dans le décor. Par chance, nous roulions doucement et bien que chacun ait été secoué violemment, il n’y a aucun blessé. Le véhicule est hors d’usage, coincé dans les arbustes entre 2 marres aux crocodiles avec la roue sortie de son logement. On se retrouve coincé au milieu de nulle part, sous un soleil de plomb, sans eau et attendons sur le bord de la route qu’ un autre véhicule passe.
11h30 : Un pick-up arrive et nous emmène jusqu’à notre destination finale Bella Vista.

Jour 5,6,7 : Des efforts récompensés

Nous découvrons un village charmant mais isolé du reste du monde, les habitants sont gentils et curieux de nous voir. Ils n’ont visiblement pas l’habitude que des touristes s’aventurent jusqu’ici. On profite de la jungle et de l’isolement du lieu pendant 3 jours avec une sortie en bateau sur le Río San Martin, la visite du Cerro Oricoré et un tour à cheval.

Jour 8 : Le retour en avion

Pour le retour, on opte pour l’avion militaire qui passe 2 fois par semaine. Même si l’aéroport ressemble à une piste clandestine servant aux cartels pour livrer la cocaïne, ça reste un moyen plus rapide et surtout plus sûre pour rejoindre Trinidad en une heure.

Jour 9,10 : Trajet Trinidad-Rurrenabaque-La Paz en excès de vitesse !!!

On croyait avoir fait le plus dur, mais en prenant les bus pour Rurrenabaque puis La Paz, on a atteint des records de vitesse. La première partie entre Trinidad et Rurrenabaque a été complètement immergée d’eau pendant la saison des pluies de janvier à mars, laissant les routes dans un état catastrophique lorsqu’elle s’est retirée. Lors de notre passage en mai, 3 zones se franchissaient par l’eau en mettant le bus sur une barge, prenant 1 heure en moyenne à chaque manœuvre. Sans compter les crevaisons et les réparations qui ont  accumulé du retard. La deuxième partie est une piste de montagne cabossée avec des parties à sens unique et qui franchie des hauts cols près de La Paz. Comme d’habitude, on a pris notre mal en patience mais enregistrons notre record de vitesse sur ce trajet, tout voyage confondus depuis notre départ il y a 11 mois ; soit 800 km en 36 heures avec une moyenne proche des 22 km/h !

S’aventurer dans l’Amazonie est une valeur sûre pour quiconque souhaitant découvrir la faune et la flore extraordinaire de la jungle. Mieux vaut avoir le temps pour traverser ces vastes territoires déserts car si on sait quand on part, on ne sait jamais quand on arrive. À noter que la saison sèche (juillet-août-septembre) est la période la plus propice pour visiter la région car l’accès est plus facile avec de meilleures routes et des liaisons de bus régulières. C’est aussi la meilleure saison pour la pêche et pour voir les animaux qui viennent s’abreuver dans la rivière.

1 commentaire

  1. Jordie

    Bonjour,

    Je me présente Jordie, journaliste pour la chaîne de télévision Voyage. Je recherche des témoignages de mésaventures de voyage… (vol, galère de papiers ou transports, catastrophe naturelle, maladie, accident, arnaques…) qui aient été filmées.

    En tombant sur votre blog, j’ai l’impression que vous regorgiez d’anecdotes de voyages… Peut-être êtes-vous intéressé par les raconter en interview ? Si c’est le cas hésitez pas à me contacter à jordie.zedprod@gmail.com

    Je vous remercie.
    Bien cordialement,
    Jordie

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