«

»

jan 16

La Carretera Austral : quand la malchance s’ajoute au manque d’organisation

Un travail de titan pour construire la route du bout du monde

Pour parcourir le nord de la Patagonie et descendre jusqu’à son point le plus austral, il n’y a pas 36 solutions : faire une croisière en ferry le long des fjords ou emprunter la mythique Carretera Austral qui sillonne tout le sud du Chili de Puerto Montt à Villa O’Higgins. Cette piste de 1180 km dont la majeure partie n’est pas goudronnée, traverse forêts et montagnes quand c’est possible, mais certains passages inaccessibles sont assurés par des ferrys via les fjords. Bien que ce projet fou date des années 70′, il a été concrétisé en majeure partie sous la dictature du Général Pinochet, permettant ainsi de désenclaver une partie inaccessible du Chili.

Aujourd’hui la Carretera Austral souffre d’un manque de liaisons régulières, ce qui empêche le développement touristique de la région ; d’un autre côté, c’est aussi ce qui lui donne son authenticité qui disparaîtra sûrement le jour où elle sera goudronnée.

Néanmoins, à cause des difficultés qu’elle occasionne, elle est peu fréquentée par les touristes sans véhicule et paradoxalement, le peu qui s’y aventurent se livrent une concurrence féroce pour être pris en auto-stop par les rares voitures qui passent ou les quelques bus complets.

A noter qu’elle devient de plus en plus populaire chez les cyclotouristes pour qui elle se transforme en véritable aventure. Voir ici pour en savoir plus.
Pour les moins sportifs, l’idéal est de disposer d’un véhicule personnelle de type 4×4 offrant la possibilité de s’arrêter n’importe où et de vraiment s’aventurer dans les parcs qu’elle dessert.

Ce challenge aux airs de route 66 nous a séduit, désireux de s’aventurer sur une route légendaire et d’en atteindre le bout aux portes de la Terre de Feu. Des plans foireux aux coups de poisse, voici le récit chronologique d’un interminable périple.

4 Janvier 2013 – 12h00 :
On dit que les galères font partis du voyage, ce vendredi au terminal de bus de Puerto Montt on était loin de se douter dans quoi on s’embarquait. Naïvement, nous avions ciblé plusieurs parcs nationaux à visiter dans la région, autant d’étapes envisageables…

16h00 : Première idée s’arrêter au parc Alerce Andino mais le bus est coincé on ne sait où et ne passera pas malgré 3 heures d’attente.

19h00 : Changement de programme, on grimpe dans un autre bus qui nous dépose à Lenca, à 10km de l’entrée Sud du parc.

21h00 : La nuit tombe et on est contraint de faire du camping sauvage. Un jeune rapplique en pleine nuit réclamer quelques pesos, prétextant que le champ lui appartient.

5 Janvier 2013 – 10h00 :
On tente d’ accéder au parc en auto-stop mais aucune voiture ne passe ce qui nous contraint de laisser tomber.

11h15 : On prend un bus vers le Sud jusque Caleta La Arena puis en bateau jusque Caleta Puelche.

12h30 : On apprend que le prochain bus ne passe que 4h plus tard, on fait de l’auto-stop.

14h00 : Après 1h30 un camion nous dépose 10km plus loin ou nous poirotons une nouvelle fois 2h00.

16h30 : Un homme nous prend et nous dépose à Hornopirén. On y passe la nuit en pensant avoir fait le plus dur…

6 Janvier 2013 – 9h00 :
Il pleut fort ce matin, on prend un ferry de 5h pour aller de Hornopirén à Leptepu. On pensait pouvoir admirer le fjord par lequel on passe mais c’est raté pour cette fois, le brouillard empêche toute visibilité.

14h15 : À la sortie du bateau, pas question de rester bloqué comme la veille, on s’arrange avec un chauffeur qui nous dépose au parc de Pumalin.

18h15 : Après une ballade, on décide d’y passer la nuit car le coin est sympa. On passe la soirée avec les 3 seuls chiliens qui partagent le camping avec nous et on s’arrange avec l’un d’entre eux pour nous déposer à Chaitén le lendemain.

7 Janvier 2013 – 9h00 :
Nous sommes prêt à décoller mais le problème c’est que notre chauffeur semble être narcoleptique : il se réveil comme une fleur à 13h30 en étant allé se coucher la veille à 18h30 ! La belle affaire, on essaye entre temps de partir en stop mais aucune voiture ne passe sur cette route déserte. Résultat, on perd la matinée et surtout on rate le bus pour continuer notre route vers le sud ; le prochain passera 2 jours plus tard…

15h00 : À Chaitén il pleut toujours, ce qui accentue le côté inhospitalier de la ville. En effet cette dernière a totalement été engloutie par une éruption il y a quelques années et aujourd’hui seuls quelques personnes sont revenus.

19h00 : On attend 4 h un bus qui peut nous avancer de quelques kilomètres mais en arrivant, il est plein et bien qu’on ait réserver notre place, il ne peut nous prendre. Le sort s’acharne.

19h15 : On trouve une équipe d’ouvriers qui part travailler dans le Sud pour un mois. Malgré les 14 000 Pesos demandés (23€), nous saisissons cette unique chance de sortir de cette ville fantôme et partons en convoi vers La Junta.

23h00 : Nous cherchons une auberge pour passer la nuit mais après 15 tentatives, seules 2 chambres sont disponibles dans tout le village : une à 135 US$ et une autre plus abordable que prennent nos chers chauffeurs.

23h30 : Il pleut des cordes et nous décidons de camper sur la place publique mais le bon coeur de la gérante d’une auberge nous propose son préau pour poser notre tente. Une fois de plus, notre toile nous sauve la mise !

8 Janvier 2013 – 9h00 :
Nous demandons à nos chauffeurs si nous pouvons continuer le trajet avec eux jusque Coihaique, 270km plus au sud. Ils acceptent moyennant une cotisation de 15 000 Pesos (25€). C’est la bonne opération de la journée car plusieurs personnes sont déjà sur le bord de la route en train de tendre le pouce.

16h45 : Le chauffeur d’une des camionnettes du convoi met sa roue dans le bas-côté et crève un pneu. On met la roue de secours mais celle-ci est dégonflée, ce qui contraint le véhicule à rester sur le bord de la route. Heureusement (pour nous) on est à 15 min de notre destination finale et ils vont y faire réparer la roue, nous déposant au passage.

17h30 : Arrivée à Coihaique.

19h00 : On trouve une chambre potable, ce qui nous permet enfin de poser nos sacs après 5 jours de transit.

La suite du voyage n’a pas été plus reposante mais la chance a tourné : le beau temps est arrivé, nous laissant l’occasion de visiter des parcs. Les bus, plus fréquents, nous ont permis de relier plus facilement Villa Cerro Castillo, Rio Tranquilo, Cochrane, Tortel, nous laissant découvrir les charmes certains de la Patagonie. (Voir les photos)

16 Janvier 2013 – 14h30 : le sprint final
Nous atteignons Villa O’Higgins, le bout de la Carretera Austral au terme d’une dernière étape particulièrement folklorique. La seule compagnie de bus qui dessert Tortel et Villa O’Higgins a décidé d’arrêter la liaison le jour même, pour une durée inderterminée ! Nous voilà contraint à tendre le pouce une fois de plus. Pour imager, on peut comparer cette route à un entonnoir : plus on va vers le fond, moins il y a de voitures et plus il y a d’auto-stoppeurs qui se tirent la bourre.
Dès lors, on sait que seule la stratégie sera déterminante. On se lève tôt de manière à être les premiers sur la grille de départ et ça fonctionne : grâce à un mélange de chance et de culot, on rallie le bout de la route dans la journée, et nous sommes les seuls, sur la dizaine de prétendant, à y parvenir. Qui a dit que le monde appartenait à ceux qui se lèvent tôt ?

Epilogue

Que ce soit à pied, à vélo, en bus ou en auto-stop, parcourir la Carretera Austral n’est pas qu’une partie de plaisir mais le challenge vaut le coup d’être tenté. Disons qu’il faut savoir persévérer pour accéder à une des régions les plus grandioses du monde avec ses glaciers hors normes, ses forêts millénaires, ses aiguilles, ses cascades, ses fjords… Un spectacle caché, difficilement accessible dont les plus téméraires auront le mérite de découvrir.

4 commentaires

Skip to comment form

  1. dom syl

    bravo pour la »débrouille » ….mais quand on voit les photos de ces paysages grandioses on comprend votre obstination à vouloir continuer à tout prix….portez vous bien.

  2. Elodie

    J’ai découvert votre blog il y , étant une passionnée de voyages, vous me faites rêver ! Bravo et bon courage à vous deux, je reviendrai voir où vous en êtes !

  3. Elodie

    J’ai découvert votre blog il y a peu de temps, et étant une passionnée de voyages, vous me faites rêver ! Bravo et bon courage à vous deux, je reviendrai voir où vous en êtes !

  4. Dominique Momet

    Visite de votre blog après une longue absence…….(pour dire toute la vérité je suivais plutôt les filles depuis le mois de janvier)! mille excuses!!!
    Une conclusion me saute aux yeux: si vous n’aviez pas déjà 7 mois de voyage et autant d’expérience variées derrière vous ,vous n’auriez peut être pas été aussi persévérants ! Ceci dit « chapeau »! Cette motivation vous honore:et je pense que sur un prochain CV ça peut être positif !!!!!
    Bises à tous les deux ;on pense à vous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


6 − = un