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jan 25

Parc national Torres Del Paine : quand la montagne devient une activité commerciale (VIDEO)

 

Après avoir parcouru une bonne partie de la Patagonie seuls sur la Carretera Austral, on se demandait où étaient les touristes au Chili ; on les a trouvé, ils sont tous à Torres Del Paine ! Et à force d’en entendre parler comme un incontournable à ne surtout pas rater, nous avons comme tout le monde visiter haut lieu de la Patagonie.

Un trek de riche

Au programme : 6 jours de trek pour parcourir la partie Sud du parc, « le W », un des 2 circuits classiques. Un parcours de 103 km qui a l’avantage d’englober les plus belles vallées.
Généralement au Chili, l’appellation Parc National rime avec entrée payante ; surtout lorsqu’il font partie du patrimoine de la biosphère de l’UNESCO. La CONAF, l’organisme d’état qui gère les parcs, demande généralement une cotisation raisonnable de 2000 à 4000 Pesos chilien (3€ à 6€). Seulement à Torres Del Paine, ils ont fixé un droit d’accès à 18000 Pesos (30€) pour les étrangers, un prix exorbitant qui n’inclus ni les transferts d’accès au chemin (+2500 Pesos/4€-7km de bus) ni de sortie (12000 Pesos/20€-30 min de catamaran). Au total, une entrée à 38500 Pesos (60€) qui soulève plusieurs questions : à quoi sert cette argent ? Sert-elle à payer une taxe pour traverser les parties privées appartenant à une famille croate ? Aussi si il contribue à la bonne gestion du lieu, pourquoi fixer un prix différent pour les chilien qui ne participent qu’à hauteur de 4000 Pesos (6,5€) soit 4,5 fois moins que les autres. Un vaste sujet auquel chacun aura sa réponse.

Ça fait donc cher la ballade, mais à ce prix là, on a droit à tout un protocole : un joli film d’information nous dicte les règles de bonne conduite et les choses à ne pas faire en montagne. Chaque personne est ensuite enregistrées nominativement avant qu’on lui remette une carte détaillant les chemins de randonnées qui, à notre grande surprise, ont des heures d’ouverture et de fermeture. Des conditions qui réduisent la montagne à une attraction touristique et non plus comme un des derniers espaces de liberté.

Il est 18h mais comme les jours sont longs en Patagonie, il n’est pas trop tard pour se mettre en route…

Voir le descriptif détaillé du trek

Jour 1 : Vallée Ascenciò 8km – 2h

Une courte étape à destination du camping gratuit le plus proche : Campamento Torres. Le site est surchargé de monde mais on se trouve un coin biscornu pour poser notre tente.

Jour 2 : Campamento Torres – Campamento Italiano 40km – 10h

On se lève à 4h30 pour monter voir le lever du soleil sur les aiguilles Torres Del Paine. Malheureusement, tout le camp à eu la même idée et c’est dans un flot continue de lampes frontales que nous grimpons au Mirador Torres à 30 min du camping. Une fois au sommet, un Ranger, au charisme inexistant fait du zèle : il interdit aux gens de se placer où ils veulent. Nous sommes une cinquantaine parqués en troupeau au même endroit mais ça ne nous empêche pas d’apprécier le spectacle. Vers 6h, le ciel s’illumine laissant apparaître un lac surmonté des impressionnantes Torres éclairées d’une couleur orangée. Ça vaut le réveil aux aurores !
Après une petite sieste, on plie le campement et on redescend la vallée en direction du Campamiento Italiano, mais en route, Julie se rend compte qu’elle a perdu sa veste. Guillaume est alors contraint de faire le chemin inverse pour la retrouver. Un détour de 12km pour sauver sa tendre du vent glacial de Patagonie !
Après cette longue marche de 40km, nous sommes exténués et on manque de perdre notre sang froid lorsque le Ranger nous informe que le camping est fermé pour maintenance. Vu l’heure, il tolère néanmoins qu’on y passe la nuit si on promet de quitter le camp à l’aube.

Jour 3 : Vallée Del Francés 20km – 5h

Nous consacrons cette belle journée ensoleillée dans la Vallée Del Frances, avec son glacier, ses corniches de neige et ses aiguilles. Encore une fois nous sommes frustrés car le haut du chemin est fermé au public. Du coup, pour profiter d’une vue plus spectaculaire sur le cirque, nous sommes contraints d’enjamber la barrière afin de crapahuter plus haut. Le soir nous dormons une nouvelle fois au camping Italiano, officiellement fermé, car nous n’avons aucune autre alternative gratuite dans le coin.

Jour 4 : Campamiento Italiano – Campamiento Las Guardias 23km – 6h

Malgré les vents violents, nous parvenons à rejoindre le Lago Pehoé. C’est une des parties les plus fréquentée et c’est parfois difficile de se frayer un chemin parmi le chassez-croisé de touristes. En effet, en dépit du coût exorbitant du parc, le sentier est loin d’être bien entretenu.
Au sommet du col, nos efforts sont récompensés par une vue plongeante sur le glacier Grey qui s’étend à perte de vue et qui libère d’énormes icebergs dans le Lago Grey au premier plan. En fond de ce paysage de carte postale, on peut même apercevoir le Campo Hielo Del Sur, 3ème plus gros glacier de la planète. On longe cette langue de glace jusqu’à atteindre le camping Las Guardias, mais celui-ci est fermé, comme tous les autres gratuits. Pas question pour nous de lâcher un centime de plus dans ce parc en payant un des campings privées environnants, nous décidons de monter la tente dans ce site fraîchement démantelé. C’est sans compter sur les Rangers du parc qui, équipés de systèmes de communication derniers cris, viennent nous prendre en flagrant délit au petit matin. Nous échappons de peu à l’amende pour « camping sauvage » ; un épisode qui nous décide à rebrousser chemin pour terminer le trek.

Jour 5 : Campamiento Las Guardias – Campamiento Las Carretas 25km – 6h

Une longue descente nous emmène au Lago Pehoé. Nous avons l’option de prendre un catamaran qui nous éviterait un détour de 18 km mais à 12000 Pesos (20€) la traversée de 30 min, nous préférons marcher un jour supplémentaire. Nous traversons une grande plaine de steppe, typique de Patagonie. Le temps est menaçant et le vent souffle à plus de 100km/heure. En 2h, nous parvenons au camping qui, comme tous les autres gratuits, est dans un état pitoyable.

Jour 6 : Campamiento Las Carretas – Administrativa 7,5km – 1,5h

Le vent a soufflé toute la nuit mais malgré quelques gouttes, nous échappons à la pluie. Nous achevons les 7,5 derniers km de ce trek et nous rejoignons l’Administrativa du parc où un bus nous ramène à Puerto Natales.

Certes les paysages valent le détour mais la multitude de règles couplées à la masse de touristes sur le site gâchent le plaisir. De plus avec le coût exorbitant de l’entrée, des campings, des refuges, cumulé à la fermeture successive des derniers emplacements gratuits, on a vraiment l’impression d’être pressés comme des citrons jusqu’à la dernière goutte ! Un business juteux qui ne profite pas directement au parc puisque ce sont 2 entreprises privées qui se partagent le gâteau. Celles-ci pratiquent en toute liberté des prix abusifs : jusqu’à 13 € par personne pour camper, 55 € pour un lit en refuge (…). Quand on pense que la nature appartient à tout le monde, c’est regrettable de voir un parc national se transformer en une attraction où la logique du profit est plus importante que le partage du patrimoine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 commentaire

  1. Gégé

    Merci les copains de continuer mon voyage à travers le vôtre !
    Sinon, Julie, je t’attribue officiellement le prix du boulet pour l’oubli de la veste…

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