«

»

août 24

Un vol dans un petit coin de paradis

Sapzurro,Capurgana, des villages à visiter en ouvrant l’œil.

La région du Chocó, au nord-ouest de la Colombie, affiche une image de carte postale. Pourtant, derrière les cocotiers et plages de sable blanc, se cachent des villages aux apparences trompeuses. C’est à Sapzurro, dernier village avant la frontière avec le Panama, qu’on a été victime d’un vol dans le camping – hostal El Chileno.Un simple larcin qui aurait pu en rester là sauf que les événements qui se sont enchainés l’ont transformé en une guerre des nerfs usante où on en ressort perdant mais bien content de s’être extirpés de ce bourbier. L’unique moyen d’accéder à cette partie isolée de Colombie est par bateau. L’absence de routes n’attire pas beaucoup les touristes qui se font rares dans le coin bien que cette région soit un point de passage obligatoire pour les backpackers migrants d’une Amérique à l’autre. Pendant 3 jours, on profite des magnifiques plages dissimulées dans des criques isolées mais un soir, on se fait dérober notre sac dans notre tente alors que Julie dort à l’intérieur. D’habitude, on fait toujours en sorte de séparer nos affaires sauf que cette fois, l’intégralité de nos biens de valeurs ont disparu : passeports, argent liquide, cartes bancaires, appareil photo, caméra, iPods…

Un premier contact avec les autorités et une première piste

Il est minuit lorsqu’on se rend compte du larcin. On jette un coup d’œil approfondi aux alentours pour essayer de trouver d’éventuels indices et on découvre que les casiers dans lesquels d’autres campeurs brésiliens ont stockés leurs affaires ont été ouverts. Cette fois plus de doute un vol a été commis, montant du butin : 3000 €. Après avoir alerté les gérants du camping, nous nous rendons à la police pour rapporter les faits mais les officiers, visiblement dérangés en pleine nuit ne souhaitent pas nous recevoir. Ils se contentent de nous révéler leur soupçons envers les gérants du camping car des actes similaires se sont produits dernièrement. Nous sommes quelque peu surpris par de telles accusations de leur part et retournons au camping sans savoir quoi penser ni quoi faire. On observe tout de même des réactions étranges des gérants avant que nos soupçons se transforment en certitude lorsque notre sac réapparaît miraculeusement près de notre tente, derrière un arbre ; un endroit soigneusement fouillé lors des premières recherches. Nous sommes rassurés d’y trouver à l’intérieur nos passeports, nos cartes bancaires, nos iPods et notre appareil photo, seuls l’argent liquide et une caméra Go Pro manque à l’appel. Sur ce on se couche sans pouvoir vraiment fermer l’œil de la nuit, inquiets de dormir à quelques mètres des présumés coupables.

Une police collaborative mais lunatique

Le lendemain matin arrivent par surprise une quinzaine d’hommes en civil, short, sandales et pétard dans la ceinture. De suite ils séparent les suspects et les interrogent. Sûrs de leurs accusations qui ne comportent pourtant aucune preuve, ces policiers de l’ombre procèdent même à une perquisition. Rien est écrit, tout se passe de vive voix sous un ton menaçant. Une façon de faire « à la colombienne » qui aurait dû nous rassurer mais qui est plutôt inquiétante. Sans même nous demander notre version des faits, ils repartent en leur laissant un ultimatum de 2 heures pour rendre les biens. Malheureusement la journée s’écoule sans que rien ne réapparaisse. Au fil de la journée, la police semble se désintéresser de notre cas et nous laisse seuls gérer notre problème. On va même jusqu’à les supplier de nous faire une déclaration de vol, élément indispensable afin de tenter une action avec notre assurance. Simple flemme, volonté de ne pas laisser de traces écrites ou bakchich pour fermer les yeux, on n’en saura pas plus mais ce comportement lunatique nous surprend.

Des galères à répétition pour se sortir de ce pétrin

Nous décidons de quitter le camping où une mauvaise ambiance règne désormais. Malheureusement nous n’avons plus d’argent pour subvenir à nos besoins et il n’y a aucun distributeur à moins de 3 heures de bateau à la ronde. Par chance nous croisons la route de Michel, un français fraîchement installé à Sapzurro qui nous accueille chez lui à bras ouverts et nous offre généreusement le gîte et le couvert. Il ne reste plus qu’à trouver une solution gratuite pour rentrer en bateau à Turbò. Nous essayons tout d’abord de profiter d’une frégate de l’armée qui nous fait miroiter plusieurs heures avant de nous laisser sur le carreau. Plusieurs autres tentatives restent elles aussi infructueuses. C’est alors la police, au comportement si bizarre la veille, qui nous propose une solution pour rentrer avec un bateau de colombiens en vacances dans le coin. Nous saisissons cette unique chance de pouvoir s’extirper de ce bourbier dans lequel nous sommes depuis 36 heures mais la malchance s’acharne : un des deux moteurs tombe en panne au bout de quelques kilomètres, nous contraignant à faire une halte à Acandi pour le réparer. Comme la panne est sérieuse, on doit même y passer la nuit.
Les 6 jeunes colombiens avec qui nous naviguons connaissent du monde dans le village et nous emmène chez un de leur ami qui possède la plus grosse maison du centre-ville. On y sirote quelques bières avant de bouger dans un bar au bord de la plage pour continuer la soirée. Nos hôtes nous rincent toute la soirée en alcools forts et au bout de quelques verres les langues se délient ; fiers de nous avouer leur activité dans le trafic de stupéfiants. Coup de bluff ou pas, on ne préfère pas savoir, mais connaissant la réputation de la région en matière de narco-trafic et sa situation idéale entre les 2 hémisphères, tout est possible. On coupe court à la soirée avant d’être trop éméchés et on campe en sauvage un peu plus loin.
Le lendemain matin, le moteur est réparé ce qui nous permet de rentrer à Turbò, mettant fin à une interminable série de rebondissements pas des plus plaisants mais qui font partie du voyage.

Morale de l’histoire

Certes on continue le voyage un peu plus léger, laissant derrière nous quelques biens matériels mais on ressort de cette épreuve enrichi, avec notamment de belles rencontres. On peut citer nos partenaires de galères brésiliens et Michel, la bonne âme française qui nous a hébergé et nourrit. Comme quoi dans chaque galère il y a du positif !
La région du chocó, avec les villages de Sapzurro et Capurgana valent la peine d’être visités mais évitez absolument le camping El Chileno et gardez toujours un œil ouvert.

2 commentaires

  1. Ghislaine

    A la lecture de votre article, on ne sait plus trop qui sont les coupables… les gérants du camping, les policiers ou les soit-disants policiers ! Peut-être, sont-ils tous plus ou moins « en cheville » ! Dans cette affaire, vous vous en sortez indemnes physiquement… le plus important. Et puis, c’est vrai, dans les galères on trouve toujours des personnes pour vous aider. Plutôt encourageant !
    On vous embrasse bien fort.

  2. Jordie

    Bonjour,

    Je me présente Jordie, journaliste pour la chaîne de télévision Voyage. Je recherche des témoignages de mésaventures de voyage… (vol, galère de papiers ou transports, catastrophe naturelle, maladie, accident, arnaques…) qui aient été filmées.

    En tombant sur sur ce blog, j’ai l’impression que vous regorgiez d’anecdotes de voyages… Peut-être êtes-vous intéressé par les raconter en interview ? Si c’est le cas hésitez pas à me contacter à jordie.zedprod@gmail.com

    Je vous remercie.
    Bien cordialement, Jordie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


× 6 = six