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sept 01

Une journée en compagnie d’un milliardaire : yacht, langoustes et tongs dépareillées

Après des dizaines de milliers de kilomètres parcourus, le mot transport rime généralement avec galère, danger, retard ou encore nuit blanche. Mais lorsqu’un milliardaire nous prend sous son aile pour nous montrer l’hospitalité à la « colombienne », ça change la donne. Retour sur cette journée passée dans le monde du bling bling, du faste et du luxe, aux antipodes de notre routine habituelle.

Prélude :

Tout commence sur l’île de Mucura, au large de Tolù, sur la cote Caraïbes de Colombie. Après avoir passé 4 jours sur ce bout de corail paradisiaque à camper sur la plage et à faire notre cuisine au feu de bois, nous négocions avec un pêcheur pour nous ramener sur le continent contre un billet. Après une négociation serrée, nous grimpons à bord d’une embarcation rustique mais économique et trouvons place entre des bacs de poissons frais et un porcelet agité qui bave sur le sac de Julie. Sur le chemin, on s’arrête faire une halte sur l’île voisine afin de déposer du matériel. 15 minutes de pause suffisent pour changer le cours de cette journée bien banale.

Séquence 1 : avant-propos

Alors que nous attendions patiemment notre départ, arrive un yacht qui s’amarre sur le ponton. Un couple de colombiens très « m´as-tu vu » en descendent sous le regard ahuri de la moitié du village venu voir la scène ou plutôt assister au spectacle. L’homme à la quarantaine bien tassé est flambeur, il est venu acheter 50 kilos de langoustes et se vante de vouloir les offrir à sa fratrie. Le prix n’est pas encore fixé qu’il dégaine déjà une liasse de sa poche pour compter ostensiblement son argent devant son public. Sa femme sensiblement du même âge, bien que rajeunie grâce au bistouri, en profite pour piquer une tête entre 2 verres de champagne afin de jouer elle aussi son rôle dans la scène. Pour satisfaire la demande de monsieur, il suffit de se servir dans un des aquariums géants où des dizaines de kilos de crustacés et autres poissons attendent leur tour. En 10 minutes, l’affaire et conclue et les langoustes chargées sur le yacht mais avant de se retirer, l’artiste veut clouer le spectacle : il s’offre un mérou de 20 kg, histoire de faire un compte rond et terminer sa liasse. Voilà comment claquer 1 300 000 pesos (500 €) en 10 minutes pour faire plaisir à son entourage ! Ceci dit, à 10 € le kilos de langouste, on a failli faire de même…

Séquence 2 : rencontre avec les protagonistes

Une fois le marché conclu, le couple se tourne vers nous et enchaîne :
 » – Vous êtes français ? Vous allez bien prendre une petite coupe de champagne ?
– Certainement monsieur, avec grand plaisir…C’est un grand cru ?  »
Après nous avoir demandé d’où on vient, il nous demande où on va :
 » – À Cartagène
– Écoutez mes enfants. Ça tombe bien car mon capitaine ramène le bateau demain à la marina de Cartagène où il reste toute l’année. Si vous voulez, vous profitez du voyage et ce soir on va faire la fête ensemble dans ma « ferme ». Ça vous dit ?  »
Le temps d’un regard complice, révélateur de notre pensée commune, suffit pour changer tous nos plans et sauter sur l’occasion. Quelques instants plus tard, on est assit avec Paula et Jaime sur une banquette moelleuse en cuir avec 2 nouvelles coupettes dans nos mains. Le capitaine fait fumer le moteur de 10 000 cm3 et nous prenons le large direction Tolù sur la côte. Durant notre voyage, on a appris à être à l’aise dans toutes situations, mais cette fois-ci on est un peu complexés par notre tenue vestimentaire : premièrement parce qu’on a plus rien a se mettre de propre (la dernière lessive date d’un mois et demi) ; deuxièmement car la veille nous avons essuyé une tempête sur l’île et qu’une rafale d’une rare violence a emporté mes tongs au large. En les cherchant sur la plage, j’en ai retrouvé deux autres différentes, échouées sur le sable. Le yacht en sandales dépareillées, c’est tendance pour certains mais pitance pour les autres !

Séquence 3 : prise de nos quartiers avant la soirée de « l’ambassadeur »

La « ferme modeste » qu’on découvre est en fait une villa secondaire de luxe tellement grande que Julie croit arriver dans un hôtel ! Jaime a acheté la propriété il y a un an mais c’est la première fois qu’il y met les pieds. Pas moins de 8 membres du personnel sont aux petits soins pour nous accueillir malgré l’imprévu. On nous installe de suite dans une chambre plus luxueuse que toutes celles habitées depuis notre arrivée en Amérique du Sud. On a tout juste le temps de faire le tour du propriétaire que le déjeuner est servie dans le salon extérieur face à la mer. Au menu : un succulent poisson (sabao) accompagné de son riz au lait de coco.

Séquence 4 : un match de foot mais pas n’importe lequel

On débouche quelques bonnes bouteilles en regardant le soleil plonger dans la mer. Puis vient l’heure du match de foot que tout le monde semble attendre avec impatience. Une journée de championnat de première division classique sauf que ce soir c’est l’équipe dont Jaime est l’actionnaire principal, les Onze Caldas de Manizales, qui foule la pelouse. Autant dire que l’enjeux est important et que le match nul ne ravit pas tellement notre hôte qui noie son désespoir dans un vieux bourbons de 20 ans d’âge. Après quelques coups de fil aux dirigeants du club pour manifester son mécontentement, Jaime nous propose de passer à table pour déguster les fameuses langoustes achetées dans l’après-midi. Décortiquées de sa coquille et sautées au beurre, ça se passe de commentaires !!!

Séquence 5 : une arrivée à Cartagène par la grande porte

Après une nuit des plus reposante, confortablement installés dans notre suite, le petit déjeuné est servi en terrasse. Malheureusement tous bons moments ont une fin et il est déjà l’heure pour nous de mettre les voiles. On a même pas le temps de profiter du jet-ski, car il y a 3 bonnes heures de navigation pour relier Cartagene. On embarque donc à bord du yacht en compagnie du capitaine et de son skipper. Jaime et sa femme profitent de leur villa encore une journée et rentrent à Medellin le soir avec leur jet privé. À Cartagène, on se fait déposer sur le front de mer, face à l’entrée principale de la ville fortifiée. Une arrivée par la grande porte qui ne passe pas inaperçue auprès des passants. Une dernière photo pour la route puis on remet nos vieux sacs sur le dos, synonyme de reprise d’une vie normale, de retour à une réalité bien banale. Andy Wharol disait que tout le monde avait droit à son quart d’heure de gloire, le notre s’est peut être réalisé cette fois-ci, en Colombie.

6 commentaires

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  1. Gégé

    Je suis espantée (comme on dit chez moi). Alors ça c’est énorme…
    Figurez-vous que dans mon nouveau job, le responsable est colombien et je viens de lui raconter votre histoire, il n’en revient pas ! A chaque fois que je vous lis, j’ai qu’une envie remettre le sac à dos et hop là, je repars sur les routes…
    Bref bonne route… 😉

  2. dom syl

    décidément vous aurez tout expérimenté durant votre périple…rencontre vraiment improbable pour des baroudeurs tels que vous avec sacs à dos, tongues dépareillés et barbe de plusieurs mois…
    à bientôt pour de nouvelles aventures avant votre retour. gros bisous.

  3. Phil

    ENORME!!!
    Ca promet une drôle de soirée le jour où vous rassemblerez toutes vos rencontres….

  4. Hélène Tizorin

    On reprend doucement goût au confort et au luxe avant la grande rentrée?
    Profitez en bien!
    Bisous

  5. Ghislaine

    Une pause sûrement bien appréciée après vos nuits sous la tente et le régime pâtes !
    Mais le but est de continuer la route pour voir ailleurs… C’est ça, l’esprit du voyage…
    Gros bisous

  6. Simon

    Je suis tenté d’en faire parti tiens … qui n’a jamais rêvé de traîner avec un milliardaire? lol mais tous ces excès franchement …

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