Le festival de cinéma itinérant qui parcourt la réserve naturelle la plus extrême d’Islande

Farid Zeroual

Un voyage au coeur de Hornstrandir et du cinéma

Découvrir les 66° 33’ Nord de notre planète relève à la fois de la foi et de l’aventure. Emmener un festival de cinéma dans cet endroit semble être un défi encore plus grand. La réserve naturelle de Hornstrandir, située dans les Westfjords, se présente comme une frontière poétique, effleurant le cercle polaire arctique. À cet endroit, la nature vierge se manifeste avec une force indéniable, où les vents et les brumes dansent au rythme d’un silence apaisant, tandis que le soleil, en cette saison, brille sans jamais vraiment se coucher (une expérience que beaucoup rêveraient de vivre).

Le début du chemin

L’accès à la réserve se fait uniquement par voie maritime. C’est en partant de Ísafjörður que l’on peut rejoindre cet endroit isolé, point de départ de nombreuses explorations. Helena W Óladóttir, experte en durabilité, souligne : « Hornstrandir nous enseigne que l’océan ne nous sépare pas, mais nous unit. Ses habitants en dépendaient totalement. » Ce voyage évoque non seulement la beauté du paysage, mais aussi la dépendance historique des communautés vis-à-vis de la mer.

Lors de ces expéditions, les participants préparent leurs sacs à dos. À l’intérieur, des provisions adaptées à un séjour dans cet environnement dépourvu d’infrastructures : tentes, nourriture déshydratée pour une semaine, et sacs étanches pour protéger leur équipement des intempéries. Voilà un défi enrichissant, n’est-ce pas ?

La graine d’un projet environnemental et féministe

Dès l’arrivée à Aðalvík, premier arrêt, le visiteur est accueilli par des cabanes isolées et une ancienne école en bois. Bjarney Ludviksdottir rappelle que cet endroit a vu des générations de jeunes des fjords venir y apprendre. C’est ici que la poétesse Jakobína Sigurðardóttir a laissé son empreinte, inspirant ainsi l’initiative du festival. Cinq ans plus tôt, un groupe d’amies y a célébré le droit de vote des femmes en lisant des poèmes, dont des vers de « Vökuró », qui ont résonné bien au-delà des montagnes.

Avec le temps, cette rencontre a évolué en initiative de protection de l’environnement, donnant vie à un festival de cinéma qui invite à réfléchir sur le lien entre l’homme et son environnement naturel. Cette aventure traverse des paysages où plus de 260 espèces de plantes poussent, et où le renard arctique trouve refuge.

Se dresse sur un rocher sous lequel elle s’accroche dans les pentes

Apprendre à voir autrement

Le festival en lui-même ne se limite pas à un lieu, il s’étend à travers des montagnes, des rivières et des falaises. Le choix de la couleur orange pour les accessoires du festival s’inspire des refuges d’urgence islandais, créant un contraste frappant avec le noir des volcans, le blanc des glaciers, et le vert des lichens. Bjarney affirme : « Comme femmes, nous devons être visibles dans ce projet. » Ce festival, qui illumine même les recoins les plus reculés, attire des cinéastes et les descendants des premiers habitants d’Hornstrandir.

L’expérience en elle-même est enrichissante, dénuée d’internet ou de mondanités, incitant chacun à contempler l’immensité de l’océan. Pour nombreux, il s’agit d’un retour à l’essentiel.

L’essence d’une zone protégée

Chaque changement de lieu lors du festival implique de relever des défis — gravir des sommets, traverser des rivières tumultueuses et se frayer un chemin à travers des brouillards. À Hesteyri, la maison du médecin d’autrefois accueille les projections. Ce refuge et son histoire sont pleins de souvenirs, faisant écho à la nécessité de protéger cet édifice tout en respectant l’héritage de Hornstrandir.

Ne pas croître pour mieux influencer

La vision du festival est claire : il doit rester modeste. Bjarney souligne que l’impact du festival ne réside pas dans le nombre de spectateurs, mais dans les changements qu’il inspire. Pour les participantes, cela représente une opportunité de redéfinir la relation avec la nature. Kristín, médecin d’urgence et cofondatrice, rappelle que sur ce territoire isolé, tout peut évoluer, et il est crucial de rester ouvert à de nouvelles solutions.

Un festival de bouche à oreille

À distance, la mer façonne le paysage en un cœur battant, cœur du festival où la cabanes familiale devient un cinéma improvisé, équipé de tout le nécessaire pour créer une atmosphère magique. Le festival attire des aventuriers des quatre coins du monde, désireux de partager une expérience unique autour d’un feu de camp, observant les faunes locales.

Le final d’un voyage et le début d’un changement

Le retour suit le littoral, révélant des paysages toujours plus époustouflants. Cette aventure devient le reflet de nos vies, une narration avec un début, un milieu, et une fin. Bjarney conclut : « Revenir chez soi, c’est changer notre manière d’approcher le monde naturel. »

En naviguant vers Ísafjörður, entre souvenirs et apprentissages, chacun se demande : Quelle sera ma prochaine exploration ? Car voyager n’est pas seulement une destination, c’est un chemin.

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