Les clés pour observer le macareux moine, l’oiseau emblématique d’Islande

Matthieu Moulin

Découverte des frailecillos en Islande

En plein cœur de l’Atlantique Nord, l’Islande se distingue comme un véritable havre pour les passionnés d’oiseaux et les amateurs de nature. Avec ses panoramas époustouflants, ses nombreuses falaises et ses paysages sauvages, ce pays offre plusieurs points d’observation prisés par les ornithologues. Parmi les plus renommés, les falaises de Látrabjarg abritent plus d’un million d’oiseaux marins et sont un véritable spectacle pour les visiteurs.

Le frailecillo atlantique, ou fratercula arctica, symbolise l’île et attire l’attention des ornithologues et des voyageurs. Sa double identité, mêlant un air à la fois comique et majestueux, en fait l’un des oiseaux les plus attendus sur l’île. Chaque printemps, les Islandais célèbrent son retour avec enthousiasme, affichant une fierté palpable pour cette espèce emblématique.

Observation des frailecillos, un moment privilégié

Le frailecillo atlantique est connu pour ses couleurs vives, souvent surnommé le « payaso du mer ». Ce petit oiseau passe en grande partie l’hiver en mer ouverte, mais revient à terre au printemps pour se reproduire sur les falaises vertigineuses et les îlots. Ce moment est idéal pour les observer, car ils se rassemblent en grand nombre, apportant une touche de vie à ces paysages. Lorsque la saison de reproduction touche à sa fin, ces oiseaux deviennent discrèts et sont difficiles à repérer, se fondant dans la masse.

Les pêcheurs sont souvent les premiers à signaler leur arrivée. Un des faits marquants de cette année : un passionné de pêche a aperçu le premier frailecillo le 10 avril près de l’île de Grímsey, au nord de l’Islande. On estime qu’environ six millions de frailecillos se reproduisent en Islande, représentant environ 60 % de la population mondiale de cette espèce. Localement, on les appelle « lundi », un nom issu de leurs caractéristiques uniques.

La reproduction et le parcours des jeunes frailecillos

Les frailecillos sont des oiseaux monogames, se reproduisant avec le même partenaire durant toute leur vie, ce qui peut s’étendre jusqu’à vingt-cinq ans. Ils retournent régulièrement aux mêmes nids, situés au fond de terriers qu’ils excavent eux-mêmes. Ils pondent un seul œuf, généralement incubé par la femelle avec l’aide du mâle pendant environ quarante jours.

Lorsque les poussins grandissent, les deux parents font des allers-retours en mer, rapportant des poissons pour nourrir leur petit. Ce processus de soin mutuel est non seulement magnifique à observer, mais reflète également l’importance des deux parents dans l’élevage. Quand les jeunes sont enfin prêts à voler, généralement après environ deux mois, ils s’éloignent de la colonie et ne reviendront pas avant deux ans.

Il est intéressant de noter que les jeunes frailecillos utilisent la lumière de la lune pour trouver leur chemin vers la mer, mais beaucoup se laissent souvent désorienter par les lumières des villes voisines. Cela peut mener à des situations cocasses, où l’on peut croiser ces oiseaux désemparés dans les rues de Heimaey, la plus grande île de l’archipel des Vestmann. La communauté locale s’engage à les aider, en organant des sauvetages pour ramener les oiseaux à leur habitat naturel.

Se dresse sur un rocher sous lequel elle s’accroche dans les pentes

Menaces et préservation des frailecillos

La fin de l’été marque le départ des frailecillos, et, avec l’inquiétude grandissante face à leur déclin, les chiffres pourraient encore diminuer. Selon l’IUCN, leur statut oscille entre la vulnérabilité et le danger d’extinction. Différents facteurs contribuent à cette diminution, dont la disponibilité de leur nourriture essentielle : le poisson, principalement le lançon et le capelan.

Avec le réchauffement climatique, la température de l’eau de mer, qui devrait se situer autour de sept degrés, s’avère trop instable, tout comme la surpêche qui décime leurs ressources. Étonnamment, certains restaurants de la capitale, Reykjavik, continuent de proposer la viande de frailecillo, attirant ainsi une curiosité malsaine chez les touristes. Une prise de conscience doit s’opérer quant à la protection de cette espèce. Chaque geste compte dans la préservation des frailecillos, mais il est encore plus nécessaire d’agir contre cette tendance.

Visiter l’Islande, c’est découvrir un monde où la nature et les traditions se mêlent. En cette terre de contrastes, chaque rencontre avec ses habitants et ses animaux offre une leçon d’harmonie et de respect.

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