Méknès, l’énigmatique «Versailles du Maroc»

Laurie Spongerro

Meknès, la capitale des saveurs et du patrimoine

Parmi les quatre villes impériales du Maroc, Meknès pourrait sembler la plus simple. Cette simplicité lui confère un rythme de vie pausé, offrant une atmosphère agréable à ses visiteurs. Mais ne vous y trompez pas, ses monuments n’ont rien à envier à ceux de Fès, Marrakech ou Rabat. Ils se répartissent simplement dans un espace urbain moins vaste, encerclé par des champs fertiles, tout cela à l’ombre de l’Atlas Moyen. Avec sa terre riche, Meknès s’érige en capitale agricole du royaume, permettant ainsi à chacun de savourer les meilleures fruits et légumes que le pays a à offrir, sans oublier ses vins et son huile d’olive délicate.

Les origines de Meknès remontent au Xe siècle, lorsque la tribu berbère des Meknassi érigea une kasbah, forteresse qui sera conquise un siècle plus tard par les almoravides. Ce sont les almohades et les merinides qui vont véritablement développer cette ville, mais son âge d’or ne débute qu’en 1675, lorsque le sultan Mulay Ismail choisit Meknès comme nouvelle capitale pour s’éloigner de la noblesse influente de Fès. À cette époque, environ 40 kilomètres de muraille entourent la ville, ainsi que des bâtiments majestueux disséminés dans la médina et la vaste ville impériale construite par Mulay Ismail. Ce dernier rêvait d’une capitale autosuffisante. Son patrimoine architectural, incluant palais, mosquées et mausolées, lui a même valu le surnom de « Versailles du Maroc ».

Une place, une porte et un châtiment

La médina et la ville impériale sont séparées par la place El-Hedime, un lieu idéal pour ressentir le pouls de Meknès. À la tombée de la nuit, la place s’anime grâce aux vendeurs de rue, aux artistes et aux restaurants qui y prennent place. Autrefois, des annonces royales y étaient lues et des exécutions publiques se déroulaient. Anecdote intéressante, la plus célèbre de ces exécutions fut celle de l’architecte qui conçut la somptueuse porte de Bab Mansour. Ce chef-d’œuvre relie la place à la ville impériale et est ornée de rosettes, d’étoiles et de motifs géométriques réalisés avec des milliers de morceaux de céramique. Son créateur, un chrétien converti à l’islam sous le nom d’Al-Mansour, a fait preuve d’une audace démesurée en se vantant devant le sultan de pouvoir réaliser une porte encore plus belle.

Un mausolée pour l’éternité

La place El-Hedime est couronnée par le palais Dar Jamaï (construit en 1882), qui abrite aujourd’hui le Museum Dar Jamaï, reconnu comme l’un des meilleurs du pays avec sa collection de céramiques, de bijoux, de tapis et de broderies. En franchissant le portail de Bab Mansour, on découvre le mausolée de Mulay Ismail, l’un des rares lieux religieux marocains accessible aux non-musulmans. Des tuiles vertes émaillées et un travail de stuc raffiné ornent divers patios et colonnes, menant à l’endroit où reposent le sultan et son héritier. À l’entrée des tombes, deux horloges à pendule, offertes par le roi français Louis XIV en gage de désaccord sur un mariage, sont présentes, reflet des complexités des interactions entre les cultures. Imaginez un espace historique là où le passé et le présent se rencontrent.

Se dresse sur un rocher sous lequel elle s’accroche dans les pentes

De mosquée en mosquée

Pour visiter les mosquées de Meknès, il est conseillé de se diriger vers le nord de la médina et d’entrer par la porte Bab Berdaine. Depuis le point de vue sur la rue Merinides, on peut apercevoir les minarets de la mosquée de Berdaine, ainsi que ceux de la Grande Mosquée et au loin, de la mosquée de Nejjarine. Le minaret de Berdaine, habillé de céramique verte, symbolise la sacralité de l’islam. Étrangement, selon un hadith, ces éléments naturels comme l’eau et le vert sont perçus comme étant parfaitement bons.

Une madrasa colossale

À proximité de la Grande Mosquée se trouve la madrasa Bou Inania, une école coranique construite en 1336 selon un design classique. Le patio central, avec sa fontaine pour les ablutions, est entouré d’une galerie et d’une salle de prière, ornée de versets, de carreaux et de stucs qui semblent brodés. Une atmosphère vibrante, où les commerçants se pressent dans les ruelles adjacentes et sur les bazars tout proches de la rue Nejjarine.

Le damasquinage artisanal de Meknès

Le savoir-faire des artisans de Meknès se manifeste dans des métiers historiques toujours vivants aujourd’hui. Le damasquinage, un art unique que l’on ne rencontre pas dans d’autres villes marocaines, consiste à incruster des fils d’or, d’argent ou de cuivre dans des métaux oxydés. Cela crée des motifs délicats. On entend le bruit du marteau à mesure que l’on s’approche du marché à proximité de El-Hedime, où l’on perçoit une vie quotidienne effervescente. Les arômes de menthe, d’épices et de citrons envahissent l’air, tandis que les acheteurs s’affairent entre les étals, négociant les meilleurs dattes ou l’huile la plus parfumée.

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