Le village de Galice avec un temple romain caché dans une chapelle

Farid Zeroual

Découverte de Santa Eulalia de Bóveda : un trésor archéologique

À seulement 14 kilomètres au nord de Lugo, un site à la fois singulier et énigmatique s’est révélé au monde. Dans cette région de Galice, un simple coup d’œil à une modeste église rurale a conduit à la découverte d’un héritage qui intrigue historiens et archéologues depuis plus d’un siècle.

Une découverte inattendue

En 1914, le curé de la paroisse, José María Peinado, a remarqué que le sol de l’église cédait. Ce qui aurait pu n’être qu’un simple problème structurel s’est transformé en l’accès à un monde souterrain, longtemps oublié. Situé sous le temple actuel, une salle voûtée dotée de trois nefs et d’une grande piscine centrale a été mise au jour. Les murs de cet espace sont ornés de fresques d’oiseaux et de motifs végétaux qui défient toute tentative de classification.

Un édifice aux origines charmantes

Les premières mentions de ce site remontent au VIIIe siècle, mais son origine pourrait bien s’ancrer au IIIe siècle, à l’époque de l’Empire romain. Au fil des siècles, cet endroit a suscité de nombreuses théories : serait-ce un temple en l’honneur de Cérès ou de Mitra ? Un sanctuaire funéraire dédié à Dionysos ? Ou, en réalité, un lieu de baignade sacré ? Sa complexité en fait un vrai unicum non seulement par son architecture, mais aussi pour avoir résisté aux ravages du temps et aux transformations religieuses.

Se dresse sur un rocher sous lequel elle s’accroche dans les pentes

L’architecture et la fresque

Le site que l’on peut admirer aujourd’hui représente la base du bâtiment originel. La partie supérieure, transformée lors de la conversion en lieu de culte chrétien – notamment avec les réformes du XVIIIe siècle – a souffert. Toutefois, le niveau inférieur a été préservé et se voit désormais comme une cripta et un baptistère. Un arc de style herradura donne accès à cet espace, dont l’origine reste débattue : témoigne-t-il du romain tardif ou du style wisigoth ?

À l’entrée, des bajoreliefs montrent des figures dansantes, rendant hommage à des pratiques culturelles anciennes. Les représentations artistiques, qu’elles soient d’origine païenne ou chrétienne, continuent de susciter discussions parmi chercheurs et passionnés.

Le cœur du sanctuaire

La piscine centrale, entourée de trois colonnes de marbre repositionnées en 1929, symbolise l’essence spirituelle de l’endroit. D’après plusieurs études, cette bassine était autrefois utilisée pour recueillir le sang lors des taurobolies, rituels typiques des cultes dédiés à Cérès et Mitra. Le fait qu’elle ait ensuite servi comme baptistère chrétien illustre la continuité des rites à travers les âges, bien que les religions fussent en opposition.

Fresques aux inspirations romaines

Le plafond de la crypte, jadis orné d’une riche décoration influencée par l’art romain, abritait des fresques polychromes. Ces œuvres, représentant des sibylles romaines et une variété d’oiseaux, plongent le visiteur dans une atmosphère presque onirique. Bien que certains spécialistes suggèrent une origine médiévale pour ces peintures, d’autres les considèrent comme des exemples remarquables de muralisme romain encore visibles en péninsule.

Les fonctions de Santa Eulalia de Bóveda ont évolué avec le temps, passant de temple à mausolée, puis à église, pour devenir un espace oublié pendant des siècles. Ce redécouverte, relayée en 1926, a ouvert la porte à une ère d’études et d’excavations qui ont tenté de percer le mystère de son véritable but. Classé comme Monument National en 1931 et reconnu comme Bien d’Intérêt Culturel en 1996, cet édifice reste l’une des constructions les plus fascinantes de l’histoire de notre pays.

(En effet, qui aurait cru qu’une simple église pourrait révéler un tel pan d’histoire ?) La visite de ce lieu ne se limite pas à un trajet simple, elle est l’occasion d’explorer les strates du temps et de comprendre la richesse culturelle de cette région. Si vous êtes en Galice, ne manquez pas de faire un détour par Santa Eulalia de Bóveda, une véritable mine d’or archéologique qui continue d’inspirer curiosité et admiration.

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