Sortelha : Voyage au cœur de l’histoire médiévale portugaise
Le voyageur arrive un samedi dans le district de Guarda, au nord du Portugal, à proximité de la frontière espagnole. Bien qu’il ait encore de nombreux jours devant lui, il a déjà accumulé des expériences fascinantes et rencontré des personnages intrigants le long de son chemin. Lors de la nuit, il rencontre quelqu’un qui l’aidera à se diriger vers Pinhel le lendemain matin. Dans sa chambre, il examine une carte routière : « entre le fleuve Côa et Massueime, c’est la fin du monde, peut-être la fin de la vie. » Cette phrase, tirée de son œuvre Voyage au Portugal (1981), fait référence à un monument littéraire, un guide indispensable pour quiconque souhaite explorer ce pays voisin.
Entrer dans la période médiévale
Sortelha se présente comme une apparition médiévale, entourée d’une muraille que Saramago décrivait comme une « énormité ». Ce village historique, conservé dans un état remarquable, fait ressentir la puissance évocatrice de ses descriptions. La route qui y mène n’est pas idéale, mais ce qui attend le visiteur dépasse toutes les attentes : des rues escarpées pavées, une citadelle perchée sur d’énormes pierres. La ville semble être suspendue dans le temps (c’est un lieu où l’on pourrait presque sentir les échos du passé).
Aujourd’hui, le village est revitalisé grâce à l’initiative des Aldeias Históricas de Portugal, bien que les routes restent encore à désirer. Malgré cela, l’attrait d’un lieu chargé d’histoire est indéniable. Sortelha, établit à 760 mètres d’altitude entre les Sierras de la Estrella et Malcata, captive par ses paysages sauvages et ses formations rocheuses qui rappellent des animaux mythiques fossilisés.
Un château épique
Le château, un mélange d’architecture romane et gothique, construit en 1228 sous l’impulsion du roi Sancho II, domine l’horizon de Sortelha. Ses murs massifs, impressionnants, semblent robustes et protecteurs, incarnant la « force » à laquelle se réfère Saramago. Au centre, la tour maîtresse, bien que petite, impose son autorité sur le paysage. Les fortifications elliptiques, érigées au XIVe siècle sans doute sous le règne de D. Dinis, sont adaptées à la topographie complexe, témoignant du génie militaire de l’époque.
Se dresse sur un rocher sous lequel elle s’accroche dans les pentes
Du balcon guerrier à mirador
La place qui mène au château dévoile le Balcón de Pilatos, un alcôve qui, bien que semblant provoir d’un conte de fées, a une histoire sombre liée à des temps de conflits. D’ici, les pierres et l’huile bouillante étaient jadis projetées sur les assaillants. Aujourd’hui, le regard du visiteur se perd dans l’horizon qui s’étend jusqu’à Salamanque et Cáceres, un passé où cette région demeurait une frontière contestée entre rois souhaitant chacune parcelle de terre. Ce château, bien qu’ayant subi l’assaut des troupes napoléoniennes lors de la Guerre d’Indépendance, conserve toujours une grande part de son intensité historique.
À la recherche de l’éléphant
Se promener dans Sortelha, c’est faire l’expérience d’un monde où peu de personnes résident réellement à l’intérieur des murs. Les ruelles pavées serpentent autour de maisons semblant figées dans le temps. L’albergue, avec ses fenêtres, la Casa numéro un, et la Casa Árabe, sont autant de témoins d’un passé riche. Au centre, un pelourinho se dresse, rappelant la place d’un village qui a vu des siècles de vie.
Un détail surprenant émerge de cette ambiance médiévale : un éléphant sculpté, hommage à Salomão, protagoniste du roman Le voyage de l’éléphant (2008). Cette sculpture rappelle le voyage fictif d’un animal de Lisbonne à Vienne, en passant par Sortelha, infusant ce lieu d’un esprit littéraire vivace.
Muraille avec histoire
Chaque septembre, le festival « Muralhas com História » transforme Sortelha en un théâtre vivant. Des acteurs en costume font revivre l’époque du roi D. Afonso IV, animant les murs et les ruelles de bruits de sabots et de douceur d’armures. Qu’aurait pensé Saramago face à ce spectacle ? Peut-être aurait-il souri en reconnaissant que même les histoires les plus belles doivent être célébrées pour ne pas disparaître dans l’oubli. Sortelha, d’ailleurs, n’est pas qu’un lieu ; c’est une histoire à vivre, à raconter.






